Une phrase musicale a besoin de points de repos, exactement comme une phrase parlée a besoin de virgules et de points. Ces points de repos s'appellent des cadences : un enchaînement de deux accords, à la fin d'une phrase, qui donne l'impression de conclure, de suspendre ou de surprendre. Il en existe quatre grandes familles, et l'oreille les reconnaît en un instant — même sans connaître leur nom — parce que chacune raconte une fin différente.
C'est la plus conclusive de toutes : l'accord de dominante (bâti sur le cinquième degré) se résout sur l'accord de tonique (le premier degré, celui de « repos »). La note sensible — le septième degré de la gamme — tire l'oreille vers la tonique comme un aimant, ce qui donne à cette cadence son caractère définitif. C'est elle qui referme la grande majorité des morceaux.
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Ici, c'est l'accord de sous-dominante (le quatrième degré) qui se pose directement sur la tonique, sans passer par la dominante. Moins tendue que la cadence parfaite — il n'y a pas de note sensible pour tirer l'oreille — elle a un caractère plus apaisé, presque recueilli : c'est la cadence qu'on entend sur le mot « Amen » à la fin de tant de cantiques et de chorals.
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Une phrase peut aussi s'arrêter sans conclure — comme une question en suspens, ou une virgule qui appelle une suite. La demi-cadence s'arrête sur l'accord de dominante lui-même, sans jamais atteindre la tonique : l'oreille sent nettement qu'il manque quelque chose, que la phrase va reprendre. On la trouve très souvent au milieu d'une pièce, à la fin d'une première phrase qu'une seconde viendra équilibrer.
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La dominante prépare l'oreille à entendre la tonique — et, au dernier moment, la basse va ailleurs : le plus souvent sur le sixième degré, qui emprunte à l'accord de tonique sa fonction de repos sans en avoir la stabilité complète. La sensible continue de monter comme prévu, mais l'accord d'arrivée n'est pas celui qu'on attendait. C'est une manière de prolonger une phrase qui semblait sur le point de se conclure.
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Un morceau n'est pas obligé de rester dans la même tonalité du début à la fin : moduler, c'est y installer une nouvelle tonique, en général vers un « ton voisin » — une tonalité proche, qui partage la plupart de ses notes avec la tonalité de départ. Le passage se fait souvent par un accord pivot : un accord commun aux deux tonalités, que l'oreille comprend d'abord dans l'ancienne, puis réinterprète dans la nouvelle dès qu'un accident étranger à la première tonalité vient le confirmer.
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Les fugues sont un terrain d'observation idéal pour la modulation : leur sujet reparaît sans cesse, mais transposé dans les tons voisins à mesure que la pièce progresse — de quoi entraîner l'oreille à reconnaître un même dessin mélodique dans des couleurs différentes.
Une mélodie se découpe en phrases, un peu comme un texte se découpe en propositions : trop souvent, un élève joue toutes les notes avec la même énergie, sans jamais marquer où une idée s'achève et où la suivante commence. Repérer les cadences, c'est justement repérer ces frontières — une demi-cadence annonce qu'il reste une réponse à venir, une cadence parfaite annonce qu'on peut respirer franchement. Une forme très courante associe ainsi deux phrases de longueur égale : la première pose une question (elle s'arrête en demi-cadence), la seconde y répond (elle se referme en cadence parfaite).
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